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Pendant longtemps, la figure de la « bonne mère » s’est transmise sans bruit. Elle ne s’écrivait pas dans les livres, elle ne se débattait pas sur les réseaux. Elle se vivait, s’imitait, se taisait.

Aujourd’hui, cette expression continue de résonner dans la tête de nombreuses femmes. Mais elle ne dit plus la même chose. Elle porte à la fois le poids de ce qui a été reçu, la charge de ce qui est attendu, et l’élan sincère de vouloir bien faire.

Cet article propose un temps d’arrêt, un regard posé, pour comprendre ce qui se joue derrière cette question intime.

1. La mère d’hier : un héritage imprévu

 

« Ce qui n’est pas mis en mots se transmet malgré nous. » ~ Anne Ancelin Schützenberger

 

Dans nos histoires familiales, beaucoup de choses se transmettent sans avoir été nommées. C’est le cas pour l’image que nous avons de ce que “doit être” une “bonne” mère.

En effet, il n’y a pas si longtemps qu’on voudrait le croire, la maternité était davantage une question de rôle socio économique que d’éducation à proprement parler.

Une bonne mère était avant tout, travailleuse, courageuse, endurante, organisée. Elle faisait passer les besoins de la famille avant les siens, ne s’autorisait aucune faiblesse, aucun doute et obéissait à l’homme de la maison.

Être mère était une évidence et nul ne remettait cela en question dans un contexte extrêmement contraignant.

De ce fait, beaucoup de femmes ont transmis, souvent malgré elles, l’idée forte qu’on ne pouvait pas aimer sans se sacrifier, que les décisions concernant les enfants relevaient avant tout des hommes, y compris ce qui devait leur être enseigné ou non. Qu’être maman équivalait à se montrer parfaite en toute circonstance, à la fois totalement indispensable et parfaitement invisible.

2. La mère d’aujourd’hui : une culpabilité à fleur de peau

 

« La culpabilité est le prix que paient les personnes qui ont à cœur de bien faire. » ~ Isabelle Filliozat

 

La mère d’aujourd’hui ne manque pas d’informations. Bien au contraire.

Éducation bienveillante, neurosciences affectives, besoins fondamentaux, gestion des émotions… Les ressources sont nombreuses, accessibles, parfois contradictoires. Et avec elles s’installe une nouvelle pression : celle de devoir « bien faire », en conscience, tout le temps.

La culpabilité s’infiltre alors facilement.

Culpabilité de crier ou d’être laxiste.
Culpabilité de trop travailler ou de rester au foyer.
Culpabilité de ne pas être assez disponible ou trop présente.
Culpabilité de poser un cadre ou de ne pas y parvenir.

Beaucoup de mères ont le sentiment de ne jamais être tout à fait à la hauteur. Comme si chaque difficulté rencontrée par leur enfant venait interroger directement leur valeur maternelle.

Cette culpabilité ne naît pas d’un manque d’amour. Elle naît souvent d’un trop-plein d’exigences.

Elle enferme, fatigue, isole. Et paradoxalement, elle laisse peu de place à l’autre parent.

Quand une mère se sent responsable de tout, il devient difficile de faire confiance, de déléguer, de partager vraiment.

Pourtant, faire de la place au père, ou à l’autre figure parentale comme au cercle familial élargi, n’est pas se retirer. C’est permettre à l’enfant de s’appuyer sur plusieurs liens, plusieurs modèles, plusieurs manières d’être au monde. Et ainsi, offrir une transmission plus riche, plus équilibrée.

C’est aussi s’autoriser à être seulement soi et non pas l’autre (ou pire les deux) car chaque parent a sa propre part à offrir à son enfant.

3. Le désir de bien faire : boussole ou fardeau ?

 

« Faire de son mieux, ce n’est pas faire parfaitement, c’est faire avec ce que l’on est. » ~ Boris Cyrulnik

 

Ce que cherche la “bonne” mère de toujours, c’est le meilleur pour son enfant. Seulement, le “meilleur pour son enfant” n’est pas le même selon les époques.

Le désir de bien faire d’hier tient davantage du fardeau parce qu’il pousse à s’oublier, à se juger durement, à vouloir tout contrôler.

Mais celui d’aujourd’hui est une boussole précieuse qui s’accompagne de connaissance de soi, de douceur, et d’humilité. Il se transforme alors en chemin intérieur : mieux se connaître pour mieux transmettre.

Et c’est essentiel ! Parce qu’une maman ne peut donner que ce qu’elle a.

De toute façon, nos enfants apprennent moins de ce que nous disons que de ce que nous incarnons.

Ils observent comment nous gérons nos émotions, comment nous nous parlons, comment nous demandons de l’aide, comment nous faisons de la place à l’autre.

Être une bonne mère, dans ce sens-là, ce n’est pas répondre parfaitement à chaque situation. C’est montrer qu’il est possible de douter, de se tromper, de chercher.

Et surtout, de le faire sans se juger.

4. Pour aller plus loin…

 

Si le sujet t’intéresse, voici deux lectures qui peuvent nourrir ta réflexion :

 

  • « Le concept du continuum » de Jean Liedloff, pour interroger nos représentations de la parentalité.

 

  • « L’enfant et la peur d’aimer » de Boris Cyrulnik, pour comprendre les liens entre histoire personnelle et transmission.

5. En quoi Mam’Philae peut t’accompagner

  Mam’Philae est née de cette conviction simple : on ne devient pas une “bonne” mère en cochant des cases, mais en apprenant à mieux se connaître. À travers mes accompagnements , mes ateliers d’écriture ou de dessin et mes écrits, je propose aux mères un espace pour déposer ce qu’elles portent, comprendre ce qui se rejoue dans leur histoire, et faire la paix avec leurs propres exigences. Il ne s’agit pas d’apprendre à être une mère idéale, mais de cheminer vers une maternité plus consciente, plus alignée, où l’on transmet moins par obligation que par cohérence. Mon livre blanc, “Maman à bout : entre cris et culpabilité”, s’inscrit dans cette démarche. Il invite à regarder son héritage avec douceur, à apaiser la culpabilité, et à redonner au désir de bien faire sa juste place de boussole intérieure. Parce qu’en prenant soin de soi, on prend aussi soin du lien. Parce que nos enfants apprennent par mimétisme. Et parce qu’aussi “bonne” soit-elle, une maman ne pourra jamais transmettre ce qu’elle ne possède pas…

FAQ – Être une “bonne” mère

 

1. Est-ce normal de douter quand on est mère ?

Oui. Le doute est souvent le signe d’une conscience éveillée, pas d’une incompétence. Il montre que vous vous questionnez, que vous cherchez à comprendre plutôt qu’à reproduire automatiquement.

 

2. La culpabilité est-elle inévitable ?

Elle est fréquente, surtout dans un contexte où les injonctions sont nombreuses. Mais elle peut être apaisée en identifiant ce qui relève de vos valeurs… et ce qui relève de pressions extérieures.

 

3. Peut-on être une bonne mère en posant des limites ?

Oui. Les limites sécurisent l’enfant et structurent la relation. Elles ne sont pas opposées à la bienveillance, elles en sont une expression.

 

 4. Est-ce que vouloir trop bien faire peut être épuisant ?

Oui. Quand le désir de bien faire devient une obligation permanente, il peut se transformer en charge. Apprendre à faire “suffisamment bien” est parfois un véritable soulagement.

 

5. Pourquoi est-il important de faire de la place à l’autre parent ?

Parce qu’un enfant se construit dans la diversité des liens. Aucun parent ne peut, ni ne doit, tout incarner à lui seul.

 

6. Et si je n’arrive pas à lâcher prise ?

Ne pas y arriver n’est pas un échec. C’est souvent un signal. Celui qu’il est peut-être temps de vous écouter davantage, avant de chercher à changer quoi que ce soit.